Faillite des entreprises familiales en RDC : l’épreuve de la succession

En République démocratique du Congo, les entreprises familiales constituent un pilier important de l’économie nationale. Elles génèrent des emplois, structurent des filières entières et participent à la création de richesse. Pourtant, un constat demeure préoccupant : très peu d’entre elles survivent à leurs fondateurs.

L’histoire économique récente du pays regorge d’exemples d’entreprises familiales autrefois prospères, mais aujourd’hui disparues ou fortement affaiblies après la disparition de leurs initiateurs. Les groupes GB, Dokolo, KAMI, Kansebu, Kisombe, Fontshi, Wetrafa, GLM, entre autres, illustrent cette réalité. Ces entreprises, jadis emblématiques, n’ont pas su franchir avec succès le cap de la transmission générationnelle.

Au cœur de cette fragilité se trouve souvent l’absence de préparation à la succession. Dans de nombreux cas, les héritiers accèdent aux postes de direction sans formation adéquate, sans vision stratégique claire et sans réelle expérience managériale. La continuité de l’entreprise repose alors davantage sur le lien familial que sur les compétences requises pour diriger une organisation dans un environnement économique de plus en plus complexe.

À ces lacunes s’ajoutent des tensions internes récurrentes. Les conflits entre frères et sœurs, la confusion entre les rôles familiaux et professionnels, ainsi que l’absence de règles de gouvernance claires fragilisent davantage ces entreprises. La gestion devient émotionnelle, les décisions stratégiques sont paralysées et l’entreprise perd progressivement sa crédibilité auprès des partenaires, des investisseurs et des clients.

Le dénouement est souvent prévisible : baisse de performance, endettement, perte de parts de marché, puis fermeture. Ce qui aurait pu devenir un patrimoine économique durable se transforme en un simple souvenir familial.

Face à cette réalité, une question fondamentale s’impose : comment assurer une transition harmonieuse et garantir la pérennité des entreprises familiales après la disparition de leurs fondateurs ?
La réponse passe nécessairement par l’anticipation de la succession, la formation des héritiers, la mise en place de mécanismes de gouvernance formalisés, la séparation claire entre propriété et gestion, ainsi que, dans certains cas, l’ouverture à des managers professionnels externes.

La survie des entreprises familiales en RDC n’est pas seulement une affaire privée. Elle constitue un enjeu économique majeur, tant pour la stabilité de l’emploi que pour la structuration du tissu entrepreneurial national. Il est donc urgent d’ouvrir le débat et d’engager une réflexion collective sur les modèles de transmission adaptés à notre contexte.