Cuivre à 13.000 USD : une chance historique, un test de maturité pour la RDC
La flambée du prix du cuivre, qui frôle désormais la barre symbolique des 13.000 USD la tonne, n’est pas qu’une bonne nouvelle de plus dans les mercuriales hebdomadaires. Elle est un signal fort, presque un rappel à l’ordre, adressé à la République Démocratique du Congo : celui de transformer enfin ses richesses minières en développement durable et inclusif.
Premier producteur africain de cuivre et acteur majeur sur l’échiquier mondial, la RDC se retrouve une fois de plus au cœur d’une conjoncture internationale favorable. La transition énergétique, l’électrification des transports et l’essor des technologies vertes placent le cuivre au centre de l’économie du futur. Dans ce contexte, chaque dollar gagné sur la tonne exportée représente une opportunité budgétaire, mais aussi une responsabilité politique.
La récente renégociation du contrat de coopération sino-congolais illustre bien l’importance stratégique de ce moment. Conclue à une période où les prix du cuivre étaient nettement plus bas, cette révision visait à corriger un déséquilibre historique au détriment de l’État congolais. Or, la quasi-doublure des cours depuis lors renforce mécaniquement la valeur des accords conclus et accroît les attentes de la population quant aux retombées concrètes : infrastructures, services sociaux, emplois et stabilité macroéconomique.
Mais l’histoire économique de la RDC invite à la prudence. Les cycles de hausse des matières premières ont souvent été suivis de désillusions, faute de bonne gouvernance, de transparence et de capacité de transformation locale. La dépendance excessive aux ressources minières reste une vulnérabilité structurelle. Sans diversification économique, la richesse du sous-sol continue de coexister avec la pauvreté du quotidien.
La question centrale n’est donc pas seulement celle du prix du cuivre, mais celle de son utilité sociale. Comment convertir cette manne en investissements productifs ? Comment renforcer la lutte contre l’évasion fiscale et améliorer la collecte des recettes minières ? Comment faire du secteur extractif un levier de développement industriel et non une simple source d’exportations brutes ?
Le cuivre à 13.000 USD met la RDC face à elle-même. C’est une chance historique, mais aussi un test de maturité économique et institutionnelle. Réussir ce test, c’est prouver que le pays peut rompre avec la malédiction des ressources et inscrire sa croissance dans la durée. Le manquer, ce serait laisser passer une occasion de plus, au prix fort, pour les générations présentes et futures.
Solange MAJEJE
